Tire le Bouchon

Don nebbiolo

Une offre que l’on ne peut refuser

par Sébastien Ménard-Dumont

Nous étions chez des amis pour le brunch et voilà que Monsieur (ne pas imaginer un ton péjoratif) m’explique  qu’il commence à garder quelques bouteilles couchées.

Je suis, évidemment, intrigué.

Je zyeute les appellations, les millésimes, les espoirs en un avenir meilleur pour certains jeunots. Je ressens encore et toujours une excitation enfantine lorsque je vois ces vins qui demandent patience et discernement.

Mon hôte me tend une bouteille et m’annonce qu’il m’en fait cadeau.

Wah!

Que de bonté!

Un Nebbiolo d’Alba 2008 de la maison Renanto Buganza.

J’en ferai bon usage.

Hon!

C’est déjà fait.

Vous connaissez peut-être déjà le nebbiolo, cépage emblématique du Piémont qui à la base de l’élaboration des incontournables Barolo, Barbaresco, Gattinara et Ghemme. À l’instar du pinot noir, ce fruit est capricieux, avide de soleil, et demande beaucoup d’attention tout au long de son développement. Son terroir de prédilection se situe sur les collines, à mi pente (entre 250 et 450 mètres d’altitude pour être plus précis…), dans les environs de la ville d’Alba.

(Parenthèse)

Je crois avoir été convaincu de me vocation vinique lors d’une dégustation d’un Sforzato di Valtellina superiore 2004 fait à base de chiavannesca. Vous aurez deviné qu’il s’agit en fait d’un synonyme du nebbiolo, mais cultivé dans la région de la Lombardie.  Je goûtais pour la première fois à un grand vin évolué et son élégance est restée imprégnée quelque part en moi. Oui, le Piémont, mais pas exclusivement…

Mais revenons à ce don promptement consommé.
Il est vrai que les nebbiolo cultivés dans les grands DOCG précédemment mentionnés ont habituellement une jeunesse plutôt austère. Ils doivent vieillir dans des conditions optimales pendant de longues périodes pour s’ouvrir complètement et offrir toutes leurs beautés. Les appellations un peu moins prestigieuses de la région piémontaise proposent souvent des vins à l‘évolution plus rapide. Ainsi, j’étais bien curieux d’évaluer un Nebbiolo d’Alba 2008.

À noter, si vous avez l’intention de vous procurer des vins de nebbiolo plus âgés que celui-ci à la SAQ,
il faudra piger dans votre portefeuille.
À part le Beni di Batasiolo à 37,50, les produits disponibles
varient entre 80$ et 500$
et demandent encore quelques années à la cave.

Alors, ce vin?

Le nebbiolo est reconnu pour arborer une robe aux reflets orangés même en toute jeunesse. Je suis surpris de ce grenat soutenu bien éclatant. J’ai dernièrement croisé un pinot noir allemand 2015 qui semblait déjà plus évolué. Le premier nez est un peu réservé, puis des effluves de fleurs séchées se font ressentir. Nous n’avons toutefois pas l’aspect trop parfumé du pot-pourri. Tout est en délicatesse. Puis s’y joignent des notes épicées qui rappellent le cumin et l’anis. Le vin est en développement.

Belle fraîcheur à l’attaque. Puis, la bouche toute entière réagit aux tanins. C’est un effet de resserrement non agressif, mais bien palpable. Ces tanins sont profonds et bien qu’arrondis par leur âge, on peut supposer qu’ils contribueront à l’évolution du vin pour au moins encore cinq années. La persistance aromatique est impressionnante; elle nous laisse une impression de cèdre et d’encens des plus agréables.

Le nébuleux

Étymologiquement, on rapproche le nebbiolo au brouillard qui couvre les collines du Langhe. Les vins issus de ce cépage peuvent dérouter à bien des égards: de la nuance orangée de sa robe qui lui donne très jeune des airs de maturité, à ses tanins souvent omniprésents malgré sa vivacité marquée, en passant par sa capacité à vieillir tranquillement versus les plaisirs qu'il provoque lorsqu'on le boit en jeunesse. Il est à la fois masculin et féminin et sa palette aromatique peut faire virer la tête...

Rose, violette, cerise, canneberge, confiture de fruits rouges, thé, tabac, réglisse noire, bois de santal, truffe, cacao, champignon, fumé, goudron, iris, mûre, prune, gibier, feuille morte.

Faites votre choix!

 

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