Tire le Bouchon

Quelques appellations italiennes méconnues

 L'Italie autrement

par Sébastien Ménard-Dumont

 

On entend souvent :
« J’AIME LES VINS ITALIENS.»


Une partie de moi partage cet avis; l’autre crie à l’énormité.
Aux dernières nouvelles, il y a avait en Italie:

 

  • 526 appellations

  • 511 différents cépages

  • ...et 1001 façons d’y travailler le vin.

 Appellations Italiennes

Saviez-vous que la SAQ compte à elle seule environ 1400 produits provenant des 20 régions vitinicoles de la botte latine?

 

Une telle sélection de styles et de niveaux de qualité cause nécessairement quelques soucis lorsque nous attirent les effluves anciennes des bacchanales.

On peut opter pour les classiques; Chianti, Valpolicella ou Barolo pour se gâter un peu à condition d’être patient.

Barolo
Il est aussi possible de partir à la découverte des joyaux cachés que nous offre l’Œnotria.

Je vous propose ici un décompte tout en désordre de mes trouvailles des dernières années.
Elles méritent toutes le détour, mais gardez en têtes qu’il y existe toujours une grande diversité au sein d’une même appellation.        Le terroir parle, mais les vignerons le traduisent.

 

Dolcetto d’Alba

Qu’il fait bon d’être dans le Piémont!
Peut-être n’est-il pas la vedette de la région, mais le dolcetto (j’utilise la minuscule lorsque je parle du cépage et la majuscule pour les appellations) vous assure une qualité de produit indéniable.
Bien que son nom signifie petit doux, n’attendez-vous pas à un vin sucré ou même léger. Ce surnom fait plutôt référence à son acidité modérée.
Les vins issus du dolcetto sont souvent caractérisés par une explosion de fruits noirs mêlée à des notes florales. Il ne s’agit pas de vins de garde, mais en jeunesse, les tanins sont biens fermes pour un tout charmeur et charpenté.

Le Dolcetto d’Alba (Cliquez pour mes suggestions) est l’appellation que l’on retrouve principalement à la SAQ.
Paolo Scavino, Enzo Boglietti et Luciano Sandrone en produisent de particulièrement intéressants.
N’hésitez surtout pas à essayer le dolcetto identifié sous l’appellation Langhe ou encore les Dolcetto di Dogliani qui sont en général plus puissants. On parle de 2015 comme étant une grande année dans ce coin de pays.

 

Vino nobile di Montepulciano

D’emblée, je vous annonce ici que le cépage n’est pas le montepulciano que l’on retrouve plutôt dans la région des Abruzzes.
Nous sommes en Toscane, en Denominazione di Origine Controllata e Garantita et nous avons droit à un canon de la viticulture italienne.
Les vins de Montepulciano sont commentés dès le Moyen-Âge et pendant le Renaissance, on dit qu’ils sont réservés à la noblesse. Mauvaise nouvelle pour les seigneurs et les baronnes du Québec, nous pouvons tous nous en procurer à la SAQ, et ce, à prix abordables.

Principalement à base de sangiovese (appelé localement prugnolo gentile) avec 10 à 20% de canaiolo (et d’autres variétés autochtones dont le mammolo qui est le sciacarello corse, ouf!), le Vino nobile di Montepulciano est quelque chose comme un grand vin.
Avant la mise en marché, il vieillit un minimum de deux ans dont douze mois en barriques (trois ans et vingt-quatre mois pour les Riserva) ou en botti, une sorte de fûts italiens beaucoup plus grands que les français les plus utilisés. La surface de contact avec l’air y est moindre donc les arômes propres aux chênes sont beaucoup plus discrets. Robe grenat, pruneaux et tabac, tanins profonds; un vin racé pour les grandes occasions.

 

Terre Siciliane et Sicilia

Voici une suggestion plus complexe à traiter.
Terre Siciliane est classée en Indicazione Geografica Tipica alors que Sicilia est une Denominazione di Origine Controllata.
Les deux niveaux permettent une production étalée sur toute la superficie de l’île avec beaucoup de latitude accordée aux choix des cépages : 47 pour l’IGT, 31 pour le DOC.
Attention, les résultats peuvent varier!
Par expérience et par volonté d’authentique exotisme, je vous incite fortement à vous tourner vers les cépages indigènes de cette région. En blanc, catarratto, grecanico et grillo surprennent par leur élégance et leur fraîcheur.
Dans le coin rouge, frappatto, nerello mescalese et nerello cappuccio se démarquent du lot.
Près du volcan Etna, le DOC du même nom nous livre des vins que l’on compare aux pinots noirs les plus musclés.

Plusieurs cuvées en Terre Siciliane ou en Sicilia proposent des assemblages avec des variétés locales et d’incontournables internationales tels le chardonnay, le pinot grigio, le cabernet-sauvignon, le merlot, etc.
Ces mariages peuvent être heureux, mais l’esprit derrière ces unions tend trop souvent vers une uniformisation des goûts, à mon goût.

Et le nero d’Avola dans tout ça?
S’il est en rouge l’emblème de la Sicile, j’ai un peu de scrupule à vous diriger avec enthousiasme vers ses produits.
Plusieurs vins sont très bien réussis, mais beaucoup de produits réguliers disponibles à la SAQ sont… réguliers.
Tout de même, mention honorable à la cantine Ermes pour leur cuvée Cademusa, abordable et étoffée, à laquelle on a ajouté de la syrah.

Leave a comment