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Lorsque le vin devient humain

Épicurien cherche italien exubérant, mature et costaud qui séduit par sa vivacité et qui impressionne par sa richesse...


Versant dans le vin et la sommellerie depuis quelques années, je constate à quel point le langage de la dégustation cause des maux de tête à bien des gens, tant chevronnés connaisseurs qu’enthousiastes amateurs.

Un problème demeure central :

comment exprimer en mots clairs ses perceptions sensorielles?

Plus qu’un caprice littéraire, l’utilisation d’images empruntées au registre du corps et du comportement humain se révèle bien souvent pertinente.

Lorsque le vin devient humainOn pourrait d’abord penser que les métaphores anthropomorphiques soient réservées aux professionnels farfelus.

Il est vrai que ces référents font partie intégrante du vocabulaire technique "du domaine" et que leur emploi donne une impression de grandiloquence.


Je crois néanmoins que recourir aux figures de style empruntées à l’humain peut faciliter la dégustation commentée et simplifier beaucoup de situations où l’on veut s’exprimer sur nos expériences et préférences en la matière.

On peut noter que ce type d’association sert à dégager une personnalité générale d'un vin et à en manifester son appréciation.

L'intensité aromatique

On parle graduellement d’un vin :

    • fermé / muet
    • timide /  réservé
    • expressif 
    • exubérant

Le Corps

La notion de corps est complexe, car elle regroupe les influences de

    • l'alcool
    • des tanins
    • l'acidité

Les nuances et les synonymes sont nombreux.

L'ACIDITÉ

Si, en bouche, la fraîcheur est marquante et cause une intense salivation, le vin est nerveux, ou on dit qu’il a du nerf 

Il est agressif, criard, si l’acidité est exacerbée. 
TANINS + ALCOOL

Le vin est joufflu ou charnu si l’alcool et la matière, en bonne quantité, lui confèrent un aspect moelleux. 
Les plus osés diront de ce vin qu’il a de la cuisse. 

Il devient costaud, robuste et musclé avec la présence marquée de tanins bien fermes.

On comprend qu’un vin est mince ou même maigre lorsqu'il manque de tonus.

Celui qui se boit facilement, léger, frais et fruité, se dit aimable ou charmeur.
Ces vins plus féminins qui plaisent par leur subtilité sont délicats et les mieux équilibrés, élégants.

TEXTURE
(fruit + acidité + tanins + alcool)

Ajoutez-leur un peu de gras et ils deviennent enveloppés ou encore riches.
Beaucoup de rondeur et on tombe dans l’opulence.

À l’heure du déclin, quand la couleur se sépare, la robe se trouble et la bouche se dilue, il se retrouve décharné, dépouillé.

 Même un rang social

Lorsque le vin devient humain
La thématique sociale se manifeste aussi par des termes comme distingué, racé, noble

On essaie ainsi d’indiquer que le produit s’élève au-dessus de la masse par ses qualités globales.

À l’opposé, un vin pauvre ou rustre est considéré mal fait, à éviter.

Au milieu de ces extrêmes, un vin sans prétention, honnête, est sans défaut, mais sans éclat.

S’il vous déçoit parce qu’il ne correspond pas à vos attentes, traitez-le de lâche !

En conclusion...

En dépit qu'il soit incomplet, le répertoire des métaphores anthropomorphiques nous offre une vaste gamme d’expressions accessibles qui couvrent plusieurs facettes de la dégustation.

Il faut toutefois garder en tête que ces images servent à traduire une réalité sensorielle et pour cela, elle doivent demeurer signifiantes.

Il est vrai que ce registre met un peu de côté le portrait aromatique d’un vin, élément actuellement si prisé par le milieu.

Néanmoins (sic), ne serait-il pas injuste de choisir votre prochaine flamme en ne s’attardant qu’aux charmes de ses parfums?

 

 Sébastien Ménard-Dumont

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1 comment

Aug 04, 2016

Tres intéressant et joliment présenté. Au plaisir et bon vent. ( vin)

Jocelyn Bélair

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