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Entre Science et Nature

par Sébastien Ménard-Dumont


L'Alchimiste
de David Teniers le Jeune vers 1640-1650

Il ne s’agit que de se glisser le bout du nez dans le monde du vin  pour comprendre qu’il y existe plusieurs conceptions bien divergentes quant au statut du liquide bien aimé.


On flirte un peu avec la philosophie en abordant cette problématique, mais les conséquences sont bien palpables et elles déterminent ce qui se retrouve dans votre verre.

 

La question est certes complexe, mais on peut aborder la chose d’une manière très manichéenne.

 

D’une part, le vin représente avant tout
UN BIEN DE CONSOMMATION.

Des producteurs fournissent un breuvage alcoolique qui devra plaire au plus grand nombre pour faire un maximum de profit. Faire du vin est une chose ardue; c’est compris depuis fort longtemps. On doit apprivoiser la nature et ses caprices.

L’œnologie (prononcez é-nologie, comme é-sophage; la majorité des gens a tort, comme c’est souvent le cas) est la science du vin et elle a permis des avancées cruciales pour en arriver à la qualité des nectars d’aujourd’hui.

Le petit hic, c’est qu’il y a eu des débordements.

Au lieu de seulement aider l’humain à aider la nature, ces connaissances ont transformé les chais en laboratoire d’analyse. Elles permettent aux vinificateurs de décider à l’avance ce que devrait être leur vin et aussi de pallier à toute erreur de parcours.

Merveilleux me direz-vous.

On peut donc fournir aux consommateurs un produit adaptable au goût du jour sans avoir à se soucier des imprévus climatiques. Ce sont des vins technologiques, faciles d’approche, qui peuvent être consommés rapidement, ce qui est rentable, donc positif…

 

De l’autre côté du spectre, il y a la (très forte) vague des vins dits « natures ».

Il s’agit d’une prise de position quant à la manière de faire le vin. L’idée est de laisser Dame Nature faire son œuvre en intervenant le moins possibles. Il n’y a pas de lois qui encadrent les pratiques des vignerons qui adhèrent à cette idéologie, mais les adeptes travaillent souvent en biodynamie en poussant davantage l’aspect naturel.

Pas de désherbant, de pesticide, de sulfitage, de levure de synthèse.

Il devient alors très difficile de contrôler les résultats, car la fermentation est de nature très instable. Les risques de maladie et de contaminations sont évidemment plus grands, ce qui demande une attention particulière de la part des vignerons.

 

On peut parler d’une production qui se rapproche davantage de l’artisanat.

 

Il y a une certaine signature à ces vins natures. Elle est difficile à définir autre que par un aspect rustique.
On aime ou on n’aime pas ou on apprend à l’aimer.

Il faut aussi mentionner que nous sommes un peu loin pour pouvoir apprécier pleinement les vins natures venant du Vieux Continent.
Le transport peut leur être fatal et il n’est pas rare de tomber sur des bouteilles qui n’ont pas supporté le voyage.
Teinte acajou au nez fermé, touche d’écurie et bouche plate. Vin mort.

Malheureusement, il n’est pas toujours aisé de savoir à quel groupe appartient le vin que l’on achète.

Mais fort heureusement, il existe une panoplie de vignerons qui se situent, à différents degrés, entre ces deux extrêmes.

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